On y était : The Gloaming au Théâtre de l’Athénée

Le 27 février, The Gloaming a envoûté le Théâtre de l’Athénée avant d’entamer son marathon au National Concert Hall à Dublin ( sept dates archi-complètes). Le supergroupe a donné à entendre de la musique traditionnelle revivifiée, à la fois poétique et aux sonorités nouvelles.  Photos Laurence Buisson.

A l’évocation de la musique traditionnelle irlandaise, on pense souvent « air immuables joués en sessions au fond d’un pub ». On se trompe car c’est un genre en mouvement qui réserve des surprises aux plus réfractaires. C’est l’option prise par The Gloaming, qui depuis 2011 bouscule les conventions. On a pu s’en rendre compte à nouveau lors du concert que le supergroupe a donné au Théâtre de l’Athénée le 27 février. Thomas Bartlett (piano, producteur de The National, Sufjan Stevens, St. Vincent), Iarla O Lionáird (chant sean-nós), Martin Hayes (maestro du fiddle) Dennis Cahill (guitare) et Caoimhin O Raghallaigh (hardanger d’amore) étaient donc de retour à Paris, deux ans, quasiment jour pour jour, après un passage à la Philarmonie qui nous avait laissée sur notre faim (concert commencé trop tard et donc trop court). Le 22 février, ils ont livré leur troisième album sobrement intitulé The Gloaming 3. La setlist fera donc honneur à cet LP, habité, sombre et audacieux.

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Un homard 

Iarla O Lionáird, à l’humour pince sans rire, confirme son amour pour la poésie avec le morceau introductif Meáchan Rudaí (The Weight of Things), dont le texte a été écrit par Liam Ó Muirthile, auteur passionné de littérature française, décédé en mai 2018. Le chant se fait litanie, accompagné par la rythmique minimaliste de Thomas Bartlett, et les volutes sinueuses des deux fiddlers. C’est audacieux, atmosphérique (on pense à Sigur Ros), émouvant. On s’autorise un final  étourdissant avec Boy in the Gap, The Lobster (composé par Caoimhin O Raghallaigh). Ce modèle de suite, où les morceaux s’enchaînent dans une fluidité évidente, se répètera tout au long du concert.  On aime quand Caoimhin O Raghallaigh, dont le jeu diffère de celui du virtuose Martin Hayes, se lance dans une improvisation, entre loops, et codes faits en direct (avec chaussette colorée au pied). Dans une lumière en clair-obscur, on lorgne vers le folk scandinave, l’expérimentation, avec silence évocateur, pour finir avec un air plus virevoltant (Dr O’Neill).

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Pop et jazz

Liam Ó Muirthile est à nouveau à l’honneur avec Athas (Joy), l’un des morceaux les plus pop du nouvel album. « Il évoque un pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle » souligne Caoimhin O Raghallaigh, qui va lui même le faire avec sa mère. La magie du chant de Iarla O Lionáird opère à nouveau sur Reo (Frozen), d’après le poète Seán Ó Ríordáin, l’un des auteurs fétiches du chanteur, le sombre My lady Who has found the Tomb unattended, d’après un poème écrit en 1609, ou encore Samhradh Samhradh, morceau incontournable du premier album.

Quid des morceaux purement instrumentaux ? Beau dialogue entre Thomas Bartlett, au jeu expressif, inventif et tout en délicatesse et O’Raghallaigh sur Fáinleog (issu du 2e opus). Le son grave du hardanger d’amore du fiddler fait merveille sur l’entraînant et mélancolique Sheehan’ Jigs. Martin Hayes prend le relais dans un épilogue ébouriffant à la Stéphane Grappelli. On a également droit à une démonstration de virtuosité  sur le mélancolique The Pink House ou le sautillant The Old Road To Garry (ligne séduisante au piano)

Lors des au-revoir, on n’y échappe pas (et on en redemande)  avec notamment le tourbillon The Rolling Wave. De rares moments de pure tradition dans un concert à l’ambiance plutôt recueillie. Après cette envoûtante mise-en-bouche à l’Athénée, on a plus que hâte d’entamer le marathon dublinois prévu la semaine prochaine : soit sept concerts archi-complets, à la « maison », au National Concert Hall.

 

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