Calvary, bienvenue en « Absurdie »

BrendanGleesonPrologue : un prêtre (Brendan Gleeson) entend en confession l’une de ses ouailles qui lui raconte comment son enfance a été ruinée par l’un de ses confrères. Victime de viol par un homme d’église, celui-ci réclame vengeance. Pourquoi pas tuer celui qui est en train de l’écouter? « Vous êtes innocent mon père, c’est pourquoi, je vais vous tuer ce dimanche » Jour du seigneur, évidemment… Bienvenue en « Absurdie ». Car le prêtre, qui connaît son futur assassin, accepte son destin sans broncher et en profite pour régler ses affaires, entre son passé d’alcoolique et la dépression de sa fille suicidaire…

Pendant ce décompte fatal, le réalisateur John Michael McDonagh, qui pratique un humour noir acéré, soigne sa direction photo, ses cadrages et sa mise-en-scène. La beauté des paysages de Sligo, souvent filmés du ciel (tiens, tiens, références divines?)  aide un peu… mais pas que. Le cinéaste en profite pour régler ses comptes avec la toute puissante église d’Irlande, dont les affaires de pédophilie ont défrayé la chronique. Entre mélancolie un peu irréelle et férocité, la charge est parfois outrée mais souvent très juste. On aime les personnages de ce village, plus ou moins allumés, qui auraient pu figurer au générique de L’homme tranquille s’ils n’avaient pas cette noirceur latente. On croise donc une femme « libérée », un  vieillard féru de lettres, un tenancier de pub pris à la gorge pris par sa banque (la crise…), qui rappellent au prêtre que les temps glorieux sont terminés. Brendan Gleeson encaisse, comme dans cette scène où il subit l’extravagance d’un hommes d’affaires, cupide et revenu de tout.

Prêt à expier alors que c’est un homme bon (bonne idée de scénario pour éviter de tomber dans le manichéisme), il trouve un certain réconfort auprès d’une veuve, l’angélique Marie-Josée Croze. Sa résignation va bien à Brendan Gleeson, ogre aux pieds d’argile. Habitué aux seconds rôles à Hollywood, il fait preuve d’une douceur belle et triste et n’a jamais été aussi émouvant. Après l’Irlandais, où il incarnait un flic roublard, John Michael McDonagh, frère de Martin qui a dirigé Gleeson dans l’excellent Bons Baisers de Bruges, lui a donc écrit un rôle à sa mesure. On parie, et surtout on espère, que leur association ne va pas s’arrêter là. M.H.

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