On y était : The Gloaming au National Concert Hall, Dublin

Lors de cinq concerts archi complets au National Concert Hall (du 27 février au 3 mars) à Dublin, The Gloaming, armé de son deuxième album, a une nouvelle fois prouvé qu’on pouvait « moderniser » la musique traditionnelle. On ne s’en est pas encore remis…

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The Gloaming : de gauche à droite, Thomas Bartlett, Iarla O Lionaird, Martin Hayes, Dennis Cahill et Caoimhin O Raghallaigh

The place to be. Du 27 février au 3 mars, le National Concert Hall à Dublin, qui accueillait the Gloaming, était l’endroit où il fallait être (pas mal de « people » : les acteurs Cillian Murphy et Stephen Rea, Paul Noonan, du groupe Bell X1…). Grand moment d’émotion quand le président irlandais, Michael D. Higgins, a fait le déplacement le deuxième soir pour applaudir le groupe phénomène. The Gloaming était donc de retour à « la maison » pour défendre son nouvel opus sobrement intitulé « 2 », une relecture d’airs ancestraux et des nouvelles compositions, dans les bacs depuis le 26 février et déjà numéro 1 des ventes.

Cet album dans la lignée du précédent, et contenant des merveilles comme The Pilgrim’s Song, n’était pas forcément prévu  mais face au triomphe du premier –  un météor choice music prize en poche en 2015 – un second LP allait de soi. Et pourtant The Gloaming est ce qu’on appelle un « supergroupe », une réunion a priori éphémère de stars. Heureusement, le chanteur de sean-nos, Iarla O Lionaird (ex Afro celt soundsystem), Martin Hayes et Caoimhin O’Raghallaigh, deux princes du fiddle et les américains Thomas – Doveman- Bartlett au piano et Dennis Cahill à la guitare, sont là et bien là et leur magie a une nouvelle fois opéré. Leur mission ? Dépoussiérer la musique traditionnelle irlandaise en y ajoutant des instruments (piano) et en proposant un nouveau son. « Je ne sais pas pourquoi on nous dit que l’on « modernise », « we just play tunes » : s’amuse Martin Hayes. En tous cas,  l’osmose artistique est évidente et l’entente sur scène (aucune querelle d’ego) également.

Au clavier, le très expressif Thomas Bartlett, producteur des deux albums (il collabore entre autres avec Anohni – ex -Antony and the Johnsons -, Sufjan Stevens, Martha Wainwright et a récemment œuvré sur le dernier opus de Glen Hansard) est un élément clé : son jeu, parfois jazzy, toujours original et souvent  à contretemps des violonistes, sert de structure aux morceaux. Un vrai chef d’orchestre qui bat la mesure en tapant le sol avec rage (« j’ai dû changer de chaussures, les premiers rangs m’ont dit qu’ils n’entendaient que moi ») et raconte des anecdotes sur ses chats, les textos de sa mère, ses rêves bizarres et ses séances de thérapie. On aime l’humour lunaire de Caoimhin O Raghallaigh et surtout celui pince-sans rire de Iarla O Lionaird, qui prend le temps d’expliquer les morceaux comme Oisin (la légende d’Oisin et de Saint Patrick) ou le sublime  Cucunandy, qu’a chanté autrefois sa grand-tante Elizabeth Bess Cronin . On succombe sans peine, à son chant, entre puissance et émotion.

Sur Oisin, Dennis Cahill, en soutien et discret jusqu’ici, offre une jolie introduction avant que la tornade Martin Hayes n’entre en action. Légende du fiddle, le virtuose originaire du comté de Clare est un redoutable technicien, expérimente souvent (notamment sur le renversant The Sailor Bonnet, titre phare du premier album) et surtout provoque  à chaque fois  un tourbillon qui laisse le public exsangue et bouche bée. Initiateur et leader du groupe depuis le début, il est devenu plus partageur, laissant souvent sa place à Caoimhin O’Raghallaigh (membre également du groupe This is how we fly), qui avec son hardanger d’amore (violon norvégien à dix cordes au son plus grave) œuvre sur les titres les plus délicats : sublimes The Hare et Fainlog (Wanderer) qu’il a lui-même composé. C’est un impressionniste, davantage dans le toucher, les silences et la mélancolie. Quand les deux violons se répondent, ce sont de vrais moments de grâce. Il devrait y en avoir beaucoup quand The Gloaming reviendra enfin en France. Après un passage au Centre culturel irlandais lors de la fête de la musique en 2013, il devrait investir la Philarmonie à Paris au début de l’année prochaine. Un écrin à la hauteur pour un rendez-vous immanquable.

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