Dylan Moran (interview) : “j’ai de grands espoirs pour l’Irlande”

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Dylan Moran (Shaun of the Dead, Calvary, la sitcom Black Books)

J’ai eu la chance de discuter pendant quelques minutes au téléphone avec Dylan Moran en pleine tournée européenne (une de plus) pour son spectacle Off the Hook. Le talentueux humoriste irlandais, qui a œuvré dans la sitcom culte  Black Books (Channel 4), est également au générique de la comédie romantico-zombiesque Shaun of the Dead d’Edgar Wright et du récent Calvary de John Michael McDonagh avec Brendan Gleeson. Nous avons parlé de sa vision de la vie, de son humour, et nous avons ri (enfin surtout moi)… Propos recueillis par Audrey Somnard.

Vous habitez en Écosse depuis quelques années déjà : parlez-vous beaucoup du Brexit? La politique vous inspire-t-elle pour écrire vos spectacles?

Oui, bien sûr, la politique fait partie de nos vies. Mais j’ai l’impression que, plus encore maintenant, nous y pensons et nous en parlons tellement. Et beaucoup trop à mon goût. Nos journées sont désormais remplies de ces sujets, ce qui nous laisse peu de temps pour vraiment vivre nos vies en fin de compte. On passe nos journées à débattre à chaque instant, en particulier des élections Américaines, de la crise européenne et de la terrible guerre en Syrie et de la situation dans cette région.

Vous tournez avec ce spectacle depuis plus de trois ans…

(Il m’interrompt) 385 ans pour être tout à fait exact.

(Je ne peux m’empêcher de rire) Est-ce que “Off the Hook” est constamment retravaillé? J’imagine que vous seriez lassé de refaire le même spectacle chaque soir.

Oui vous avez raison, c’est comme une marmite de soupe qui se remplit constamment, on y rajoute des ingrédients locaux.

Est-ce que vous vous adaptez à votre public suivant les lieux où vous vous trouvez?

Bien sûr. Je suis allé dans tellement d’endroits différents, et je m’intéresse spontanément au lieu où je me rends. Alors j’ai tendance à poser plein de questions, à me renseigner sur ce qui se passe dans la ville ou le pays. J’essaie d’aller au-delà des clichés qui peuvent me venir en premier à l’esprit et voir ce qui manque aux gens dans ce lieu. C’est important, parce que c’est là que les gens vivent. Vous devez parler de leur propre expérience, même si ce n’est pas le but du spectacle en lui-même bien sûr.

Votre sens de l’humour est parfois noir et assez sarcastique, et votre personnage n’est pas des plus aimables. Le but est de faire rire les gens bien sûr, pas d’être apprécié. Je pense aussi à votre rôle dans Calvary, Michael Fitzgerald, qui est décrit comme un “millionnaire solitaire et désagréable”. En quoi ce genre de personnage vous plaît-il ?

Tout d’abord je tiens à dire que jusque-là personne ne m’avait dit que je n’étais pas aimable sur scène alors merci (nous rions tous les deux). Mon personnage dans le film Calvary est quelqu’un de très perturbé. Si vous y réfléchissez une minute, les personnes de votre entourage qui sont très efficaces ont tendance à ne pas être très drôles. C’est généralement les excès, les dépressifs, les hyperactifs, quelque chose qui se passe qui va vous faire rire. Mes personnages ont leurs défauts, c’est ce qui m’intéresse chez eux.

Vos spectacles évoluent avec votre vie privée. Vous avez arrêté de fumer, vous avez des ados à la maison, mais votre personnage reste lui-même immature. Vous dîtes dans le spectacle “les hommes ne veulent pas grandir”: est-ce à dire qu’ils ne changent jamais?

Je pense que dans nos sociétés occidentales nous avons tendance à élever les garçons comme des preneurs de décision, c’est naturellement à eux que l’on va permettre de décider de choses, alors qu’on a tendance à dire aux filles qu’elles doivent s’adapter aux gens qui les entourent. Je crois vraiment que c’est le cas. Du coup, je pense que les hommes se fichent pas mal de ce que l’on pense d’eux, tandis que les femmes ont tendance à trop se préoccuper des réactions des autres.

Votre observation des hommes et des femmes, de leurs relations est quelque chose que vous mentionnez beaucoup dans vos spectacles…

J’aime en parler. On a tendance à dire que c’est un sujet dépassé, qu’on a tout dit sur les hommes et les femmes. Mais ce n’est pas de ça que je parle. Je parle des modèles et des comportements que l’on considère comme normaux, sans vraiment savoir pourquoi. C’est la nature même des conventions, on ne remet pas en question quelque chose et cela devient un modèle de vie. Seuls les personnes extérieures vont le pointer du doigt et poser la question, “mais pourquoi vous faîtes ça?”.

Vous vous vous moquez de la vie à la campagne (où vous avez vous-même grandi) dans un sketch hilarant, mais vous n’êtes pas tendre non plus avec les urbains. Est-ce que vous vous mettez des barrières sur qui ou ce dont vous parlez dans vos spectacles?

Non, je ne parle pas des urbains comme je parle des gens de la campagne, mais je vais le faire, je veux parler de tout le monde. Je suppose que la vaste majorité de mon public vit en ville. Mais c’est probablement quelque chose qui m’a échappé et qui est si évident.  Maintenant que vous me l’avez fait remarquer, je vais m’y atteler après avoir travaillé à devenir charmant (je ris).

Vous vivez au Royaume-Uni depuis longtemps déjà, quelle est votre relation avec l’Irlande? Avec l’introduction du mariage gay, pensez-vous que le pays est en train de s’ouvrir?

Oui je l’espère. Je pense qu’inévitablement l’Irlande est devenue plus européenne. Le pays revient de loin et a beaucoup grandi. C’est un lieu plein d’imagination qui s’est ouvert vers l’extérieur : j’ai de grands espoirs pour l’Irlande.

Mais vous êtes optimiste pour une fois!

Je suis plutôt optimiste pour un tas de choses.

Ça ne se voit pas vraiment dans vos spectacles…

Et à raison. Les espoirs et les rêves des gens sont drôles. J’essaie de montrer la réalité telle qu’elle est et je parle de choses qui nous rendent tristes et déprimés. Je préfère parler de la réalité plutôt que des rêves. Même si vous pouvez argumenter à raison que beaucoup de choses qui nous chagrinent sont en fait pas vraiment réelles. Prenez par exemple les medias digitaux. Sérieusement, s’attrister devant une vidéo Donald Trump c’est un peu absurde, parce que c’est en fait de la fiction. Nous avons accepté le fait que quelque-part ce que nous regardons sur nos smart téléphones constitue la réalité.

Quels sont vos projets? Après la fin de cette tournée.

J’écris un tas de choses. J’ai l’idée d’une série sur laquelle je travaille en ce moment. J’y pense depuis des années. Mais avant de faire ça je vais creuser un trou, m’y glisser et mettre un drap dessus. Et dormir pendant un moment. Cela pourrait donc prendre un peu de temps avant que je finisse de faire tout ça.

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