Interview Glen Hansard : “voir un groupe en live, c’est vérifier ce qu’il a dans le ventre”

On a eu la chance de rencontrer Glen Hansard  lors du festival Belge Werchter, le 2 juillet dernier. Quand on le retrouve dans son tour bus à quelques heures de sa prestation épique, le songwriter Irlandais tente de se réveiller doucement avec une bonne tasse de thé. Pendant vingt minutes, on va parler musique, un peu, politique, beaucoup. Par Audrey Somnard.

glen-h

En tant qu’Irlandais, comment avez-vous vécu le vote du Brexit ?

J’ai reçu quelques coups de fils d’amis Britanniques qui étaient très tristes. C’est très étrange car la campagne a été basée sur la peur, et on a vendu un tas de mensonges. C’est un bon exemple de ce qu’ont toujours fait les politiques. Aussi étrange que cela puisse paraître je vois le Brexit comme je vois Daesh, un espèce de monstre qui s’accroche au passé pour créer une fausse stabilité au lieu d’aller avec le courant du changement. Nous sommes à un point clé de notre histoire et je pense que l’on regardera le Brexit avec le recul comme une grosse erreur.

Vous avez joué dans pas mal de festivals cette année, est-ce aussi stimulant que des concerts traditionnels avec votre public?

Evidemment, quand les gens ont acheté leur ticket à l’avance pour votre concert, ils se font une joie de cette soirée, ils la réservent pour vous. Et que vous soyez bon ou mauvais, ils vont rester au moins une heure avec vous. C’est donc bien différent en festival où il faut donner plus. Le public y est moins attentif et a peur de passer à côté d’un autre groupe. Je crois qu’une partie de moi n’a pas envie d’aller en festival, mais d’un autre côté c’est une formidable opportunité de découvrir d’autres groupes, d’être connecté avec d’autres musiques. Mais finalement, on ne rencontre pas tant de groupes que ça, quand on est sur la route et qu’on joue beaucoup, on n’a pas vraiment le temps. Jouer face à un public, c’est très important pour moi : écouter un album à la maison, c’est bien, mais voir le groupe en live, c’est vérifier ce qu’il a dans le ventre.

Vous faites entre autres un « busking » (jouer dans la rue) chaque Noël à Dublin au profit d’associations pour les sans-abris. En quoi cet engagement est-il si important pour vous?

Pour moi, c’est une question humanitaire. Un combat personnel qui n’a rien de politique. Ma première mission en tant que bénévole – j’avais 15 ans – a été de travailler dans un refuge pour sans-abris. La façon dont on traite ces gens, les politiques surtout, qui ont des revenus très bas, a toujours été un sujet qu’on ne peut pas ignorer en Irlande. Surtout quand ça concerne des proches, comme c’est mon cas. Quand je jouais dans la rue, une personne célèbre jouait avec moi et a tendu un chèque de 100 000 euros. Vous pouvez deviner de qui je parle (sourires – Bono de U2 est en effet un habitué), mais il y tellement de gens à aider que c’est une goutte d’eau… Si vous donnez cette somme d’un coup, c’est bien mais il faut faire plus : il s’agit d’être créatif pour utiliser cet argent de la meilleure façon qui soit.

On est en train de créer des sans-abris à grande échelle. Nous n’avions jamais connu ça depuis la Grande Famine.

Vous avez un exemple ?

Il y a ce chef à Washington, José Andres, qui a fait construire une immense cuisine moderne où il nourrit des milliers de sans domicile fixe. Il forme certains d’entre eux au métier de cuisinier. Ce genre d’initiative est vraiment intéressante car cela dépasse la simple aide ponctuelle. La situation est très difficile en ce moment en Irlande. Un ami m’a appelé récemment. Il m’a dit qu’il vivait depuis quinze ans dans un appartement, à 700 euros de loyer mensuel, et il a appris que son loyer allait passer à 1200 euros d’un coup, sans explication. Le propriétaire a voulu se rapprocher des prix du marché, disant que si mon ami n’était pas content, il trouverait un autre locataire. Il n’y rien de criminel à cela, cependant cela mais on est en train de créer des sans-abris à grande échelle. Nous n’avions jamais connu ça depuis la Grande Famine.

Revenons à la musique. Votre second album solo, Didn’t He Ramble sorti en septembre 2015, fait la part belle aux cuivres…

Sur scène,  j’ai trois musiciens d’un côté avec des cuivres, et trois de l’autre côté avec des cordes, cela donne un ensemble de six musiciens sur scène en plus du groupe habituel. Cela donne beaucoup de possibilités, c’est une grande liberté que j’apprécie particulièrement.

glen vicar
Glen Hansard sur scène en décembre dernier, à Vicar Street, Dublin

Vous êtes en solo maintenant mais les anciens membres du groupe The Frames, dont vous venez de fêter les 25 ans, continuent de vous accompagner sur scène…

Ils sont toujours avec moi, c’est vrai, on se produit sous un autre nom c’est tout! Cela permet d’alterner entre mes chansons mais également deux ou trois titres de The Frames. Je fais en sorte de choisir la set-list selon l’ambiance de l’endroit où nous sommes, et puis parfois elle évolue pendant le concert. Cela dépend de mon humeur, je dois dire.

Avez-vous le temps d’écrire lorsque vous êtes en tournée?

Curieusement, je suis plus productif quand je suis très occupé, comme c’est le cas en tournée. Quand les choses se calment, j’ai tendance à ne plus rien faire. Quand on est dans ce flot continu d’activités, les pièces du puzzle se rassemblent, c’est étrange mais c’est comme ça. C’est une année très spéciale pour moi car je joue dans des salles prestigieuses où je n’ai jamais joué auparavant (Carnegie Hall, Sydney Opera House), l’année prochaine sera sûrement beaucoup plus calme (rires).

Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de songwriters Irlandais?

L’Irlande produit des artistes fantastiques. On a tendance à dire que si l’on n’a pas percé dans les deux ans c’est foutu, mais ce n’est pas vrai. Parmi les artistes que j’apprécie beaucoup, il y a Lisa O’Neill qui écrit de merveilleuses chansons (qui fait actuellement la première partie de The Divine Comedy), ainsi que le très talentueux Conor O’Brien du groupe Villagers. Celui-ci voit les choses d’un point de vue dont l’Irlande a besoin actuellement.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s