On y était : Glen Hansard à la Cathédrale Saint-Patrick, Dublin

Le 25 novembre dernier, Glen Hansard s’est installé le temps d’un set acoustique à la Cathédrale Saint-Patrick. Un concert organisé à l’occasion des 350 ans de la naissance de l’irlandais Jonathan Swift, l’auteur entre autres des Voyages de Gulliver

“Ici repose la dépouille de Jonathan Swift, D.D., doyen de cette cathédrale, qui désormais n’aura plus le cœur déchiré par l’indignation farouche. Va ton chemin, voyageur, et imite si tu le peux l’homme qui défendit la liberté envers et contre tout.” Cette mention écrite en latin sur un panneau en bois et une simple stèle sur le sol pavé de la Cathédrale Saint-Patrick : l’hommage à ce grand homme de lettres aurait pu être plus clinquant. Le satiriste irlandais, décédé le 19 octobre 1745, est enterré dans la célèbre église, aux côtés de sa femme Esther Johnson. En cette fin de novembre, c’est plutôt sa naissance, il y a 350 ans, qu’un festival a choisi de célébrer.

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En ce 25 novembre, là même ou repose l’écrivain, Glen Hansard participe, à sa façon, à la fête avec un concert acoustique. Il est 20h et il fait trèèèès froid à l’extérieur. On est bien content de prendre place sur l’un des bancs de ce lieu prestigieux. Mais d’abord, honneur à Lisa O’Neill, sa gouaille, son franc-parler et son folk déchirant. Avec son violoniste, elle égrène ses chansons d’un autre âge, toujours accompagnées d’une explication de texte : England Has My Man au titre explicite, No Train to Cavan, d’où elle est originaire, parle de contrebandiers pas très fûtés, Pothole in the sky lui a été inspirée par un saut en parachute épique…. Comme toujours loquace et surtout très drôle, elle dédie la nouvelle et très réussie Blackbird à Glen Hansard. On adore Rock the Machine,  sur la mécanisation qui prive de travail les dockers de la Liffey. Une « protest song » issue du très bel album Starboard Home (avec également Paul Noonan ou Gemma Hayes).

Quelques minutes plus tard, Glen Hansard prend place, entouré par ses violonistes, une violoncelliste, une pianiste et le bassiste, ici à la contrebasse, Joe Doyle (The Frames). La magie du set acoustique opère tout de suite : les arrangement apportent leur touche d’élégance et d’émotion. Côté setlist, on commence avec High Hope et Time Will Be A Healer, un nouveau titre qui sera disponible sur Between Two Shores, le nouvel album, dans les bacs le 19 janvier 2018. Les cordes font leur effet sur My Little Ruins, chanson sur l’amitié, bien enchaînée avec Your Mind’s Made up, qui ne perd rien de sa puissance.

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Entre deux blagues, Glen Hansard se met à lire une partie de Une modeste proposition, le fameux texte de Jonathan Swift, dans lequel l’écrivain parle de pauvreté. C’est d’une ironie cruelle (pas mal de sourires entendus dans la salle). Bref, un pamphlet furieusement d’actualité… Logiquement, le songwriter enchaîne avec Shelter, née de sa rencontre avec un sans-abri au moment de l’occupation de Apollo House en décembre dernier. Bird of Sorrow et on a droit ensuite à Return, un autre extrait, plutôt séduisant, du nouvel album. Hansard, qui parle de l’attentat qui a frappé cruellement l’Egypte la veille, prend un ton politique avec Vigilante Man, de l’immense Woody Guthrie, avec ses paroles revisitées sur le mur que veut construire Trump entre les Etats-Unis et le Mexique. On a droit à la même anecdote sur la fameuse Renata, fille sublime rencontrée à New York. Mais on préfère s’attarder sur Grace Beneath the Pines, chantée en général a cappella et ici agrémentée de belles enluminures. Et que dire du beau moment de bravoure de Santa Maria. On redescend de notre nuage avec l’inévitable et fatigant  Falling Slowly. Pas de Curtis Fowlkes, le fameux tromboniste qui partage régulièrement la scène avec Hansard and Co, pour interpréter Wedding Ring mais cela reste plaisant.

Glen Hansard semble en avoir assez d’un certain cérémonial et demande au public de se rapprocher. Celui-ci ne se fait pas prier. Le déplacement est vite maîtrisé quand le chanteur entonne le funky Mercy et Star Star, hit du groupe The Frames. On ne se lasse pas de Lowly Deserter (en référence aux militants qui débarquaient tard chez ses parents). Glen Hansard a beau avoir raconté cette histoire mille fois sur scène mais c’est toujours sympathique de voir un homme reconnaître sa muflerie. Mufle, il l’a été avec Lisa O’Neill, lors d’une soirée « romantique » : cela donne McCormarck’s Wall, joué au piano et aux accents de musique traditionnelle (le final réjouissant au violon). Lisa O’Neill revient d’ailleurs sur scène, en arborant son pull rouge qu’elle portait ce soir là. Devant un Glen Hansard, hilare et dans ses petits souliers, elle se lance dans sa chanson « vengeance » : Red Geansaí. « Allez Glen, je ne t’en veux pas » : la classe.

En duo, ils nous arrachent des larmes avec le célébrissime Raglan Road, le poème de Peter Kavanagh mis en musique par Luke Kelly des Dubliners. En guise de cadeau bonus, Stephen James Smith vient déclamer l’un de ses derniers poèmes. Frissons immédiats. Les violons entrent à nouveau en action sur Gold, morceau habituel de fin de concert. On regarde notre montre : un peu plus de deux heures d’un concert cosy et dans un magnifique écrin. Sûre que Jonathan Swift aura apprécié.

 

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