On y était : Adrian Crowley à The Grand Social, Dublin

Le 16 décembre, le magicien Adrian Crowley a déroulé Dark Eyed Messenger, son sublime huitième album, au songwriting crépusculaire. Il n’est pas venu seul… On vous raconte.

« On se croirait dans une yourte » plaisante Adrian Crowley, qui joue pour la première fois, ce 16 décembre, au Grand Social à Dublin. Voilà pour la déco, qui se prête bien à l’ambiance cosy de la soirée. Le songwriter dublinois vient dérouler Dark Eyed Messenger, son huitième album (au top de … notre top album de l’année 2017 (voir ici). Son folk gothique enveloppant, son storytelling à la beauté douloureuse et sa voix de baryton à la Leonard Cohen ou Bill Callahan touche au cœur, encore et toujours. On y parle amour et perte dans un état de rêverie permanent.  Mais n’allons pas trop vite. Honneur à Maija Sofia qui ouvre le bal. On l’avait repérée avec des titres comme Cosmonaut ou Perséphone, en référence évidemment à la Déesse du Printemps et… des enfers. Les femmes (et leur force), c’est la grande affaire de Maija, qui n’a pas sa langue dans sa poche et pratique un folk minimaliste ultra-séduisant. On aime beaucoup, par exemple, sa chanson hommage à Bridget Cleary, tuée par son mari qui la croyait sorcière.

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Après Bridget, voici Juliet (I’m in flames). Celle de Adrian Crowley – qui prend le relais – l’un des titres les plus connus issu de I See Three Birds Flying, son 6e opus. Au mellotron, le songwriter nous cueille déjà avec son sens du tragique feutré.  Le poète convoque un autre poète, comme lui, un lyrique désespéré : « Shy one, shy one / Shy one of my heart / She moves in the firelight/ Pensively apart… « dit l’irlandais William Butler Yeats dans To an Isle in the Water . Il y a moins classe comme entrée en matière… Avec Halfway to Andalucia, on s’offre un voyage – évasion toute en délicatesse dans le sud de l’Espagne (storytelling toujours..), en compagnie de la flûtiste Lina Andonovska.

Nulle (ou peu de) trace de guitare sur le nouvel album, (un parti pris proposé par Thomas Bartlett, le pianiste de The Gloaming et le producteur de Sufjan Stevens etc). L’instrument – marque de fabrique de Crowley retrouve ses droits sur scène. La nature, thème récurrent, prend toute sa place dans Silver Birch Tree où le songwriter se métamorphose en arbre au tronc gravé des initiales de l’objet de son affection. Le texte est sublimé par le jeu original de la violoncelliste Kate Ellis du Crash Ensemble. L’archet est rageur sur Lullaby ToLost Astronaut et tout aussi subtil pour le sublime Catherine in the Dunes, ou là encore, l’amour n’est que souffrance.

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Un mot sur son passage au Centre culturel irlandais (six semaines de résidence au mois de novembre 2017), où la star du soir pensait « collectionner les bouteilles de vin vides » et seulement cela. On attendra encore pour écouter ce que le francophile a produit à Paris. La grande Radie Peat (Rue et Lankum) vient donner de la voix sur Little Breath (écho bouleversant d’une histoire terminée). Sa voix d’un autre temps, écorchée (on pense à une chanteuse réaliste), donne des frissons. Même sensation avec Katie Kim, auteure de Salt, l’un des meilleurs albums irlandais de 2016, et régulière collaboratrice de Crowley, quand elle s’invite sur le nocturne And So Goes The Night. Les deux femmes assurent les chœurs qui vont crescendo sur Valley of Tears : c’est d’une beauté à tomber.

The Photographs, instantanés plus ou moins heureux ou ironiques, donne l’occasion de faire dans le « spoken words », exercice où le « troubadour » originaire de Galway excelle (on se souvient de l’épique The Wild Boar, sur Some Blue Morning, le précédent album). On se lance dans l’explication de texte : pendant qu’il tentait d’écrire un livre (toujours inachevé) dans une chambre d’hôtel, celui-ci entendait les bruits produits par sa voisine. Son imagination a travaillé et cela donne le somptueux et forcément mélancolique Unhappy Seamstress. Et on se quitte évidemment avec le single, le déchirant et atmosphérique The Wish, et Still The Desire, sur le feu amoureux qui ne s’éteint jamais. En fin de concert, on réalise alors qu’on a eu droit, ô joie, à l’intégralité du nouvel album. Doit-on s’attendre à la même setlist (avec quelques incontournables quand même) le 29 janvier, au Pop Up du label à Paris?  Très, très hâte de vérifier.

 

 

 

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